Science, savoir et vérité.
Lacan évoquait « le statut du sujet dans la psychanalyse » dans son texte fameux de 1965, intitulé « La science et la vérité ». Aujourd’hui, le réel de la réalité sociale néolibérale tend à insérer chacun à une place assignée dans un champ de production où la valeur humaine se transforme en valeur financière.
Le savoir sur l’homme est historiquement défini sous l’égide des sciences de la nature (biologie, chimie, physique,…), des sciences formelles (Algèbre, Géométrie, Informatique, Logique, Topologie, Statistique, ...) et des sciences humaines (Anthropologie, Économique, Linguistique, Psychologie, Sociologie, ...). Mais la fétichisation qui domine aujourd’hui notre économie restreinte au processus de production consommation, fait essentiellement, de chacun, un produit concurrentiel dans la démocratie du marché.
Les méthodologies de sélection incitent dès l’enfance à s’adapter aux objectifs normés de la future employabilité. L’espèce humaine bureaucratisée oublie sa dignité et son histoire, le singulier est effacé, chacun vaut comme unité, insérée dans des groupes homogènes où avoir le même profil objective la possible substitution de l’un à l’autre.
Ni sélectionneur, ni sélectionné ne trouvent de sens à ce conformisme qui ne permet pas d’approcher la vérité, à la connaissance de laquelle chacun aspire : il ne peut inscrire dans une histoire collective, le désir le plus singulier qui s’incarne en leur personne. Cette conception simplifiée de l’homme réduit à sa qualité marchande domine désormais les processus d’humanisation. Dans le même temps, l’approche anthropologique complexe cède le pas à un pragmatisme dépersonnalisant. Et la psychanalyse disparaît des Universités.
En médecine, en psychiatrie, la biologie tend à dominer les recherches, oubliant les effets structurants de la parole qui soutient les rencontres et donne sens à la co-existence des humains : le patrimoine génétique apparaît garantir, à lui seul l’unicité, la singularité. L’époque tend à prôner à l’excès ce savoir scientifique mais partiel et à naturaliser les humains : on parle de père ou de mère biologique, d’enfant médicament, d’enfant désirable, de capital génétique, tandis que les débats éthiques essaient de déjouer les tendances eugéniques, biopolitiques et le consumérisme : tout est possible, quand il s’agit de séduire usagers, clients et électeurs en réalisant leurs rêves. Rien ne semble plus interdit : aujourd’hui, les comportements et la désirabilité utilitariste sont induits ou instrumentalisés par les conditionnements hypnotiques de la publicité.
Lacan articula le concept freudien de pulsion avec la position inconsciente du sujet, permettant de penser l’homme selon les entrelacs de l’hérédité psychologique et de la parenté biologique, spécifiant ainsi l’homme comme homme, et non comme animal ou marchandise. Mais avec un simplisme dérisoire et tragique, les neurosciences, liées aux logiques industrielles, ne pensent plus le rapport existentiel de l’homme au langage, et instaurent la prévalence de la biologie cérébrale qui détermine les comportements et utilise l’outil linguistique pour communiquer. Les « sciences du vivant », la neuroéconomie se développent.
La justice est politiquement sommée de contrôler ce qui est pensé comme surdéterminations biologiques des déviances, déniant par là même toute possibilité de réhabilitation.
Cette position scientiste infiltre aussi la pédagogie et l’école doit viser la maîtrise et le contrôle d’un socle de savoirs où signes et significations dominent l’apprentissage : parler, lire écrire, compter et bien se comporter fondent la nouvelle culture de l'évaluation fondée sur la recherche de la performance. Dans la collection des élèves, les plus performants trouveront une filière d’excellence, les autres, d’adaptation.
Van Gogh, Artaud, Hölderlin, n’étaient-ils que des inadaptés à éduquer ou des chercheurs sublimes en quête de sens ? L’homme, produit d’aujourd’hui, peut-il encore habiter « en poète » ? Comment peut-il demeurer ouvert à l’économie générale, et savoir, comme le proposait François Tosquelles, convertir le milieu naturel en monde ?
Après la belle conférence d'ouverture en Juin 2011 de Michel BALAT,
« Démocratie et subjectivité. »
ENTRÉE LIBRE à partir de 20h, espace librairie
Musée des Beaux Arts (près de la cathédrale)
PSYPROPOS vous invite
à partager l’étude de son thème 2011
« SCIENCE, SAVOIR ET VÉritÉ »
autour de Roland GORI
Psychanalyste,
Membre d'Espace Analytique,
Professeur émérite de psychopathologie clinique des universités
Initiateur de l’Appel des Appels
« Démocratie et subjectivité. »
ENTRÉE LIBRE à partir de 20h, espace librairie
Musée des Beaux Arts (près de la cathédrale)
Journées d'Automne
Notez bien ! :
Les 21èmes Journées d’étude PSYPROPOSse dérouleront aussi :
Intervenants : Jean Oury, Françoise Toméno,
Philippe Lecorps, Danièle Clairon et Philippe Legouis,
Benoit Drunat.
Intervenants : Jean-Louis Chassaing, Sophie Fétro, Jean-Pierre Journet, Marc Ledoux, Sébastien Perbal.
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